Monsieur le Président du Syndicat national de lEdition,
Cher Serge Eyrolles,
Mesdames, Messieurs les membres du bureau,
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Je veux vous dire combien je me réjouis dêtre parmi vous aujourdhui, et je tiens à vous remercier davoir bien voulu interrompre les travaux de votre assemblée générale pour maccueillir.
Mes premiers mots seront pour vous dire toute limportance que jattache au rôle du Syndicat national de l'édition, interlocuteur et partenaire de lEtat, sur toutes les questions touchant au livre, à la propriété intellectuelle. Mais aussi à lavenir et au rayonnement de nos industries culturelles, lédition étant la première d'entre elles.
Ce rôle éminent, le SNE le joue avec une légitimité et un poids particuliers, pour deux grandes raisons. Dabord parce quil le fait en dialogue permanent avec les autres grands organismes représentatifs de la chaîne du livre : les syndicats professionnels des libraires, les sociétés dauteurs, les grandes associations de bibliothécaires, et je veux naturellement vous encourager à poursuivre ce dialogue. Ensuite, parce que le SNE peut senorgueillir de représenter lédition française dans toute sa diversité : diversité géographique, diversité des genres éditoriaux, diversités des tailles et des structures de maison, allant de petites maisons fières de leur indépendance, de leur prestige intellectuel et culturel, aux plus grands groupes, fiers de leur rang mondial et de leur développement international.
Maintenir unis au sein dun même syndicat des intérêts parfois si différents ne va jamais de soi. Je sais que ces deux dernières années, lunité du SNE ne s'est jamais démentie malgré les bouleversements qui sont intervenus dans le paysage de l'édition française. Ce paysage est aujourdhui largement recomposé. A nous de faire en sorte que toute la chaîne du livre en sorte renforcée. Cela demandera une constante vigilance, afin de maintenir les équilibres indispensables à la diversité culturelle.
Je tiens à rendre hommage à votre président, Serge Eyrolles, qui a su, au-delà des différences et des divergences, toujours préserver la défense de vos intérêts communs.
Et le premier de ces intérêts communs, comme le premier de ces biens communs, cest le droit dauteur. C'est un bien fondamental, un droit premier, parce qu'il conditionne à la fois le respect et la reconnaissance de la création, et la rémunération des producteurs de lécrit. Un des grands acteurs du livre aujourdhui déclarait il y a deux semaines que « le livre est largement à labri des menaces du numérique ». Cest vrai. Faisons en sorte quil demeure à labri mais aussi quil sache saisir les atouts du numérique pour son développement.
Sur le droit d'auteur, je suis heureux de vous apporter une bonne nouvelle. J'ai en effet le plaisir de vous annoncer que jai signé les décrets dapplication de la loi du 18 juin 2003 relative au droit de prêt en bibliothèque et au renforcement de la protection sociale des auteurs. Mes collègues chargés de léducation, de loutre-mer, de léconomie et des finances, et enfin de lintérieur ont signé ou vont signer dans les tout prochains jours. La publication des décrets est donc imminente. Dès ce moment, pourra commencer la phase dagrément de la société qui sera chargée de gérer ce droit pour le compte des auteurs et des éditeurs. Je sais quavec les auteurs vous avez largement anticipé ce moment.
Au terme de cette première année dapplication de la loi, qui étend le champ de la loi de 1981 sur le prix du livre en limitant les rabais consentis aux bibliothèques pour leurs achats, je suis également heureux de pouvoir vous dire que les bibliothèques - en tout cas les bibliothèques de lecture publique ont choisi une dynamique daugmentation de leurs budgets, pour maintenir ou augmenter le volume de leurs acquisitions. L'effet de levier des aides de l'Etat dispensées par le Centre national du livre a joué à plein. Ces aides, entièrement consommées se sont élevées à un million et demi d'euros, couvrant 50% de la dépense, ce qui représente trois millions d'euros d'acquisitions supplémentaires en 2004 et encore trois millions de plus en 2005. C'est très important.
J'en viens au projet de loi sur le droit dauteur dans la société de linformation. Je me suis battu, dans le contexte d'un ordre du jour parlementaire que vous savez très chargé, pour que ce texte soit examiné rapidement. Je puis vous annoncer qu'il viendra au Parlement à lautomne. Dici là, je ne cesserai de travailler avec mon collègue François Fillon.
Nous devons en effet, tous ensemble, faire progresser les conditions dun accord entre ayants droit et usagers. Je sais que par la qualité de vos propres propositions, vous my aidez et vous my aiderez. Je vous dis mon intention de mettre à profit une heureuse évolution et une heureuse conclusion de ce dossier, à laquelle je memploie, pour traiter enfin la question non encore réglée, fort de l'arbitrage du Premier ministre, de la rémunération de la photocopie à usage collectif dans les écoles primaires.
Les usages numériques doivent respecter le droit dauteur, les ayants droit et le rôle propre de léditeur dans la production et la diffusion du savoir. Je sais que certaines initiatives récentes tendant à numériser des revues de sciences humaines et sociales, que vous avez portées, pour certaines, depuis des générations vous ont heurtés. Je sais que vous êtes ouverts à une concertation approfondie et à une vraie association des éditeurs à ce type de décision. Je sais que vous aspirez à la promotion dun authentique partenariat entre privé et public. La Bibliothèque nationale de France - avec sa mission patrimoniale, son expérience des nouvelles technologies, son rayonnement francophone et international -, le Centre national du livre - qui aide près de 500 revues - ont une légitimité à agir en ce sens avec vous. Les deux institutions se sont à ce sujet déjà rapprochées de la direction de lenseignement supérieur. Elles travaillent avec vous sur ce dossier. Je veux ici confirmer mon souhait quelles se mobilisent à vos côtés.
Je souhaite également que le SNE et mon ministère continuent de travailler ensemble sur un autre secteur fragile et vital pour assurer dans le domaine du livre la promotion de la diversité culturelle. Je pense à ce que l'on appelle, à mon sens à tort, la "petite" édition, secouée en peu d'années par les faillites successives de plusieurs distributeurs. Je tiens à vous dire que je me retrouve dans les orientations de travail tracées, au nom de votre syndicat, par Liana Lévi, pour soutenir et mieux faire connaître ce secteur essentiel à la diversité culturelle et éditoriale.
Cette diversité, cest aussi la possibilité, pour le plus grand nombre de maisons, de maintenir léquilibre économique qui leur permet doffrir au public la plus grande variété de titres. Cest pourquoi, après un travail approfondi entre le SNE et le ministère, le gouvernement a choisi douvrir les seules chaînes du câble et du satellite à la publicité pour le livre. Un avis motivé de la Commission européenne, concernant lédition, mais aussi le cinéma, est aujourdhui à envisager. Le gouvernement ne changera pas de position. Je défendrai à nouveau le 13 juillet, auprès du commissaire Bolkenstein, la solution équilibrée et particulièrement adaptée au paysage actuel de lédition française, que nous avons élaborée ensemble.
Je voudrais également souligner combien la diversité ne peut sentendre sans liberté. Je souhaite que les travaux que conduit le SNE sur les relations de lédition avec la justice permettent davancer, dans le prolongement du livre blanc que vous avez publié, sur la voie dune « justice adaptée ». Justice adaptée au rôle culturel si particulier que tient le livre et aux spécificités économiques de lédition. Sur ce dossier également, nous devons continuer ensemble notre travail sur lapplication de la loi de 1949 et sur le droit à limage.
La diversité doit être défendue au plan international et européen. Je sais que lexportation du livre français, la cession de droits, sont parmi les grands défis que lédition française doit relever pour aujourdhui et pour demain. Je sais les efforts en ce sens de chacune de vos maisons. Je veux vous dire que laide du ministère ne vous fera pas défaut. Aide à la traduction, du français et en français, apportée par le CNL ; aide à la présence dans les salons étrangers, grâce au Bureau international de lédition française, que préside Alain Grund ; aides aux contacts et aux échanges avec les professionnels étrangers, en particuliers ceux des pays qui font nouvellement leur entrée dans lUnion européenne, et quil nous faut ensemble convaincre du bien-fondé des législations sur le prix du livre.
Pour continuer à avancer ensemble sur ces dossiers cruciaux, je vous propose dès aujourdhui de nous retrouver à deux grands rendez-vous dont je sais limportance quils revêtent pour vous. Dabord à Francfort, en octobre prochain. Ensuite au Salon du livre de Paris, en mars 2005. Je vous assure de toute notre mobilisation pour faire avec vous une réussite exceptionnelle dune manifestation qui fêtera son 25ème anniversaire, et qui recevra à la fois comme invité dhonneur et comme invité professionnel, la Russie.
Je vous remercie.